Pour vous inscrire sur le forum, tout est expliqué ici
Après la création de votre compte, sans présentation au bout d'une semaine, Votre compte sera supprimé.
pub zooplus.fr

Le bâillement

Avatar de l’utilisateur
souris65
Messages : 3802
Inscription : jeu. 17 janv. 2008 00:00
Humeur : Un peu speed comme les Dalmatiens
Prénom : Sabine
Fonction dans l'asso : Assistante en éthologie et Comportement Canin, Félin, Equin
Localisation : Montmirail (51)

Le bâillement

Message par souris65 » ven. 13 janv. 2012 19:21

Il s'agit sans doute là d'un des messages canins les plus accessibles à notre compréhension, du moins en apparence.
La plupart des gens s'imaginent en effet qu'un chien qui bâille manifeste ainsi sa fatigue, ou son ennui, et qu'il n'y a pas à chercher plus loin. Ils se trompent lourdement.

D'un simple point de vue physiologique, le bâillement a la même finalité chez le chien que chez l'homme : il fournit au cerveau un apport supplémentaire d'oxygène, ce qui permet de rester éveillé ou de reprendre plus facilement ses esprits au réveil. Aussi n'est-il pas étonnant que, comme nous, les chiens bâillent lorsqu'ils se sentent fatigués, même si ce réflexe a également d'autres fonctions. Il est notamment le fait de chiens tendus, ou stressés. Très souvent je les vois bâiller pendant les séances de dressage, lorsque leurs maîtres viennent de les gronder ou de leur administrer une correction sévère. Quand on dresse un chien à rester assis ou couché, par exemple, au début il est assez fréquent qu'au lieu d'obéir à la personne qui leur en a donné l'ordre il s'empresse de la suivre dès qu'elle s'éloigne ou tente de se mêler aux autres chiens.
Pour cette raison, la grande majorité des novices en dressage utilisent un ton très dur et courroucé, qui doit résonner aux oreilles des pauvres bêtes avec des accents de Jugement dernier. Après un minimum d'entraînement, elles réagissent la plupart du temps en restant posées sur leur arrière-train et en bâillant à se décrocher les mâchoires tandis que leurs maîtres gagnent l'autre bout de la pièce. Il suffit cependant de leur parler moins rudement pour que, dans la plupart des cas, les bâillements disparaissent.

En l'occurrence, il convient donc bien de les interpréter comme un signe d'extrême tension, d'angoisse ou de nervosité.

Ils ont par ailleurs la fonction particulièrement intéressante de servir de message de pacification. L'étymologie latine de ce mot nous renseigne clairement sur sa signification, puisqu'il vient de pax, "paix" et de facere, "faire".

Le bâillement dont il est ici question ne comporte aucunes connotations craintive, dominante ou agressive. C'est très exactement le contraire d'une menace : la réponse qu'un chien non désireux de se battre adresse à celui de ses congénères qui lui envoie des signaux agressifs. Alors que le compagnon humain du sujet qui se met à bâiller n'y voit trop souvent qu'une preuve de nonchalance ou de profond désintérêt, il s'agit bel et bien d'une tentative d'apaisement (à ne pas confondre avec un signe de soumission) qui a généralement pour effet d'amener le chien belliqueux à de meilleurs sentiments. Il n'est pas rare qu'après avoir un peu hésité sur la conduite à tenir, il adopte assez vite une attitude plus cordiale.

Il arrive également qu'un chien dominant prenne l'initiative de ce geste de paix auquel correspond parfois le bâillement. Imaginons qu'un tel chien approche un non-dominant et que celui-ci, inquiet, s'emploie à protéger ce qui l'occupait jusqu'alors (de la nourriture, par exemple). Le dominant peut alors se mettre à bâiller, afin peut-être de marquer qu'il n'a nullement l'intention de jouer les trouble-fête. Quoiqu'il en soit, ce comportement suffit généralement à tranquilliser l'autre.
Pour en terminer sur ce point, j'ajouterai que les chiens ne sont pas insensibles à nos bâillements.
Témoin cette anecdote, survenue lors d'une émission de télévision à laquelle je participais. Il s'agissait de débattre des affinités éventuelles entre les traits de caractère humains et les préférences pour telle ou telle race de chien, et nous étions plusieurs à avoir été invités avec nos chiens pour parler des rapports que nous entretenions avec eux et des raisons pour lesquelles nous les avions choisis. Au moment où je suis arrivé sur le plateau, trois chiens et leurs maîtres s'y trouvaient déjà. Je devrais prendre place le présentateur de l'émission et une dame, propriétaire d'un Rottweiler de belle taille. Comme je m'asseyais, le molosse poussa un grondement sourd, et, les yeux plantés dans les miens, commença à retrousser les babines et à montrer les crocs. Lui qui ne devait déjà guère apprécier l'étrangeté de la situation considérait sûrement comme un affront innommable le fait qu'un inconnu s'installe près de lui avec autant de désinvolture. Il me signalait donc qu'il me trouvait sans-gêne et voulait que je m'éloigne. Malheureusement, cela m'était impossible. De plus, comme il ne restait que une ou deux minutes avant que nous passions à l'antenne, je n'avais absolument pas le temps d'engager le petit rituel de salutations auquel je me livre d'habitude pour lier connaissance avec un chien. En désespoir de cause, je me contentai de détourner les yeux afin de ne plus croiser le regard de mon voisin et je bâillai ostensiblement. Le chien qui me fixait toujours se mit à ciller. A mon tour, je clignai des paupières et, calmé, il s'allongea par terre, la tête calée sur mon pied. J'étais sauvé.

Depuis, j'ai eu plusieurs fois recours à cette stratégie du bâillement, et je ne saurai trop la conseiller pour désamorcer des situations potentiellement dangereuse. Pour peu qu'elle s'accompagne de quelque autre signe de reconnaissance anodin (un clin d'œil, par exemple), elle amène le chien qu'on veut amadouer, soit à renoncer à son comportement agressif, soit au pire, à baisser un peu la garde. Même si bâiller en public peut passer pour inconvenant, sinon grossier, dans la société des hommes, entre chiens ou avec eux c'est bel et bien un élément de conversation et de conciliation.

Stanley Coren
Article issu de : http://www.knightwoodoak.com/t1005-les- ... z-le-chien

En complément de l'article de Stanley Coren, voici une thèse complète sur le sujet :
http://theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=1284
Nier la soufrance de l'animal entraine vite à devenir indifférent
à celle de l'humain.


Pour protéger, il faut aimer. Pour aimer, il faut connaître.
"Sans les animaux le monde ne serait pas humain" Kl. Matignon


Calins à vos toutous de Sabine
et léchouilles de Freckles, Jaïa et Lakshmi

Verrouillé

Revenir vers « Hiérarchie canine »

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité